L'histoire de la Maison
"Là-bas sur la Balagne, règnent tout-puissants les Bonaccorsi. Leur maison serait un palais "
Cette maison de SGIO, située dans le village de Balagne à Calenzana, date son histoire de la toute fin du 18eme siècle.
L’architecture et le sol dans certaines pièces nous laisse penser qu’elle a été agrandie au cours du temps.
Elle était au centre d’un vaste domaine oléicole mais aussi viticole.
Le sgió Joseph-Marie Bonaccorsi en est peut-être le plus fervent témoin. Riche propriétaire, maire de Calenzana en 1801, cet homme dont on sait qu’il portait une perruque poudrée sur les chemins les plus caillouteux incarne ce seigneur Corse d'antan, pionnier d'une société agro-pastorale ayant conféré à la Balagne son identité architecturale.
Il est le premier propriétaire de la maison, ont suivi ses enfants, surtout Olinthe, ami très proche du Prince Pierre.
Ensuite, il y a eu les Bonaparte sur environ deux générations, puis de nombreuses familles ont suivi.
Depuis 2022, c'est la famille de Serena à reprit la maison qui a repris les rénovations de la maison.
Tout ce que nous savons de la maison est en partie tiré du livre « Une vigne sur la mer » écrit par Jacqueline Sauvageot, descendante de la branche des Bonaccorsi et de la branche Landry.
Cette dame était une figure intellectuelle en Corse et a notamment été professeure à l’université de Corte.
Richesse de la Terre
Les terres des Bonaccorsi sous Joseph-Marie Bonaccorsi s’étendaient probablement de Calenzana jusqu’à Calvi, possédant en tant que sgio, Vallelègne, Bartasaca, Villanova, Cantone, terrains sur lequels lui et sa descendance firent construire des maisons, des moulins...
Leur commerce était principalement du vin et des olives, mais on retrouve également mention d’amandiers et d’arbres fruitiers.
Au pied de la maison, mon imagination s'anime.
Les oliviers et les arbres fruitiers habillent le jardin.
Chaque pierre semble résonner avec les souvenirs d'autrefois : des naissances, des mariages joyeux et des discussions animées.
Cette demeure, témoin de tant d'événements, semble prête à révéler ses histoires enfouies à ceux qui souhaitent écouter.
Joseph-Marie Bonaccorsi choisit d’étudier la religion et de se ranger du côté de l’église.
Il dit « être sage et savant avec tout le village autour de moi, quel plaisir ! Il va venir du beau monde par ici : la Balagne est de loin la plus belle et la plus riche province de toute la Corse ».
Il devient juge au tribunal civil en 1800, maire de Calenzana en 1801 et juge au tribunal de première instance Calvi en 1804.
Il fréquente les Bonaparte et les Paoli.
LE PRINCE PIERRE-NAPOLEON BONAPARTE
Neveu de Napoleon III.
Il tue le journaliste Victor Noir et doit s’exiler en Corse, à Calenzana.
Il y passe beaucoup de temps et est souvent accueilli chez Olinthe : « le prince recevait ainsi son présent exil. Les souvenirs d’un passé tumultueux venaient s’inscrire aux soirs d’été sur la terrasse de granit au-dessus des écuries. »
Il offre à Calenzana sa fontaine.
SIGNORA MARIETTE
Mariette Giusti Femme florentine de Joseph-Marie Bonaccorsi. C’est une femme bien née, très cultivée, bien éduquée, venant d’une grande famille possiblement noble avec des soucis financiers.
Elle n'aime pas Calenzana, « Non Mariette ne s’est jamais habituée. Non, elle n’a jamais cessé de parler le toscan, dans ce pays où les prêtres baragouinent un si mauvais italien, où les peintures et les marbres des églises imitaient si gauchement le baroque italien ».
Peu à peu, elle finit par ne plus jamais quitter sa demeure et y accueille ses amis et hautes relations du couple.
On l’appelle Signora Mariette.
Mon point de vu : Mariette Giusti est une femme noble qui se sent déracinée à Calenzana. Son amour pour sa langue maternelle et son isolement progressif chez elle reflètent un conflit entre son identité d'origine et sa difficulté à s'adapter.
Elle devient une hôtesse discrète, illustrant cette lutte entre attachement et résignation.
Son histoire souligne les défis de se sentir chez soi dans un nouvel endroit tout en préservant ses racines.
MAITRESSE DES LIEUX
Tous ses enfants naissent dans la maison et elle les élève tous dans la maison. Ses
filles vont à leur tour venir accoucher de leurs enfants dans cette maison.
On parle parfois de la maison comme « l’immense maison endeuillée » car elle a également accueilli beaucoup de décès prématurés à cause des maladies de l'époque.
Ainsi, est écrit que Mariette « silencieusement sainte, s’affairait d’une chambre à l’autre, veillait les morts et les nouveau-nés, priait, tirait les rideaux, allumait les chandelles, tressaillait au moindre appel murmuré de quelque sombre couloir ».
Mon point de vu : Sa présence silencieuse, passant d'une chambre à l'autre, illuminant les pièces et réconfortant les âmes, montre sa dévotion inébranlable envers sa famille. Son lien avec cette maison, témoin des moments intenses de la vie, reflète sa compassion et sa force tranquille, symbolisant à la fois la vie et la perte.
Les petits enfants racontent aussi leurs soirées de jeunes adultes dans le salon obscur, un nouvel an déguisé fêté en avance un 30 décembre où la cheminée non ramonée à mis le feu à la maison.
Souvenirs
Dans la cuisine, les petits enfants d'une des familles affirment que la nappe à carreaux existe depuis qu’ils sont enfants.
Elle n’aurait donc pas bougé depuis au moins 80 ans...
Dans les tiroirs, on retrouve des ustensiles rouillés laissés là depuis on ne sait quand...
Le temps c'est arrêté, pourtant les travaux de rénovations continues de faire vivre les lieux.
Les nombreuses rénovations animent les journées lors desquelles de nombreux "trésors" sont découverts...
Le petit déjeuner se déroule paisiblement, la maison baigne de la lumière du soleil.
Ses rayons chaleureux traversent les carreaux de la nappe rouge et blanche qui habille la table de la cuisine. L'arôme envoûtant du café flotte dans la pièce, et les fruits du saladier sont toujours là, attendant d'être dégustés.
Mes pensées retournent aux histoires captivantes que Serena m'a contées depuis la veille.
Je prends place à la table, observant le début tranquille de la journée qui s'annonce.
Une question persiste en moi : quel cliché parviendra le mieux à capturer l'essence et l'authenticité de ces lieux ?
Entre chaque gorgée de café, je réfléchis à la manière de figer l'âme de cet endroit dans mes photos.
Chaque coin, chaque recoin semble renfermer une histoire unique.
MON EXPÉRIENCE
Lors de ma venue dans cette Maison,
j'ai été profondément immergé dans l'histoire et la beauté de ce lieu empreint de grandeur et de charme.
Chaque cliché capturé a été une fenêtre ouverte sur un passé riche et une aura envoûtante.
Ailleurs. certaines parties de la maison sont restées inhabitées et ont parfois été oubliées.
Au grenier, on retrouve une petite chambre avec un lit et une armoire. A qui était- elle ? Les ancien propriétaires n’ont jamais mis les pieds dans leur grenier...
Les escaliers en damier ressemblent aux vieux immeubles corses.
On pense que la maison a été divisée en plusieurs appartement à un moment.
Aujourd'hui 2023 :
La maison est actuellement disponible en location estival.
Je tiens particulièrement à remercier Serena, la fille des propriétaires actuels, de m'avoir permis de séjourner dans ce lieu chargé d'histoire.
Grâce à notre collaboration, nous avons pu réaliser ces clichés qui en disent long sur tout ce que ce lieu a à nous raconter.
Je la remercie également pour ses écrits et son dévouement que j'ai pu retranscrire sur cette page.
Le reste des écrits est tout droit sorti du livre « Une vigne sur la mer », écrit par Jacqueline Sauvageot.
Grâce à elle, nous pouvons retracer au mieux les histoires de ce lieu.
